BULLETIN 187 Sommaire Décisions du CA 3-12-2009 -Changements d'adresse Nos peine s- Nos joies - Agenda In Memoriam - Calendrier du Têt Le Cercle de l'Alas - Les reaps à Paris AG du 27 mars 2010 - Convocation LA VIE DES SECTIONS TET CANH DAN Rencontre du 21-11-2009 aux M.E.P. Adieu Annamite, Bonjour Vietnamien Le 9 Mars 1945, 65 ans dejà ... Evolution de la mode au Vietnam NOTES DE LECTURE Message du Trésorier - ALASWEB Bon de commande : Mémoire et Annuaire de l'ALAS
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LE 9 MARS 1945, 65 ANS DEJA…Dans la nuit du 9 mars 1945, 300 superforteresses B 29 rayèrent de la carte les deux cinquièmes de Tokyo et y causèrent 150 000 morts, plus que la future bombe atomique d’Hiroshima. La nouvelle fut connue dans le monde. Mais, survenu la même nuit en Asie, un autre évènement passa inaperçu, y compris en France, déjà libérée. Juin 1940, l’Indochine isolée, face à la puissance japonaiseLa défaite de juin 1940 dans la Métropole mit soudain en péril la survie même de l’Indochine Française, sur les rives d’un océan Pacifique où la puissance japonaise était sans rivale. Dés le 19 juin, le général Catroux, gouverneur général, lâché par les voisins anglo-américains, devait accepter un ultimatum de Tokyo : « Fermez la frontière chinoise au transit ferroviaire de matériel de guerre, sextuplé depuis trois ans, au profit de Chang Kai Chek ! ». Révoqué par Rivière, ministre socialiste du premier gouvernement Pétain, Catroux lui répliqua ; « Quand on est battu, qu’on a peu d’avions et de DCA, pas de sous-marins, on s’efforce de garder son bien sans avoir à se battre. C’est ce que j’ai fait. ». C’est ce qu’allait faire son successeur, l’amiral Decoux, pendant cinq ans. Avant de rejoindre De Gaulle, Catroux avait rejeté comme suicidaire tout ralliement de l’Indochine à Londres . Des concessions douloureuses pour sauver l’essentielPour préserver l’essentiel, il ne pouvait éviter des concessions douloureuses. En contrepartie de la reconnaissance renouvelée de la souveraineté française, les accords de 1940 et 1941comportèrent le stationnement et le transit des troupes japonaises dans la Péninsule, l’utilisation de bases portuaires et aéroportuaires, des dispositions économiques et financières sur lesquelles on reviendra. Ils posèrent le principe d’une « défense commune » qui, évoquée par Matsumoto le soir du 9 mars 1945, fut aussitôt rejetée par l’amiral Decoux . Maintenir la souveraineté française en résistant chaque jourSeul ilot « blanc », l’Indochine française émergeait de ce torrent. Mais comment survivrait elle dans un blocus de 45 mois ? Une mutation fondamentale du statut colonial en pleine guerreDe son côté, la Mission japonaise, inféodée à la « Grande Asie Orientale », cherchait à séduire l’élite intellectuelle, parfois avec succès. L’obligation où était le gouvernement général de réagir à cette concurrence et sa toute nouvelle liberté de décision très loin de la Métropole amenèrent l’amiral à changer profondément l’état de choses colonial, une réforme qui est restée ignorée aprés 1945. En résumé, on institua l’égalisation des rémunérations et des carrières entre fonctionnaires français et indochinois. D’où une augmentation très importante des traitements. Un aggiornamento de l’enseignement, notamment supérieur, multiplia les écoles à tous les niveaux. On relança l’éducation sportive avec neuf fois plus de stades et de piscines en 1944 qu’en 1940. On restitua son identité à la jeunesse, en réhabilitant les patries, leur histoire, leurs symboles, à l’intérieur d’une future communauté française. Dans ce climat naquit une surprenante floraison littéraire et artistique. Sauver l’économie et les Finances publiques sinistréesDernier travail d’Hercule de l’Indochine sous le blocus, l’économie et les Finances publiques. On avait exporté riz, maïs, charbon et caoutchouc. On avait importé la plupart des produits manufacturés et tout le pétrole. Soudain, sauf le courant de début vers ou depuis le Japon, tout s’arrêta. L’Indochine était asphyxiée, le Budget général amputé de moitié par la perte des rentrées douanières et, faute de débouchés, la misère menaçait des millions de paysans, des milliers de salariés. Le gouvernement général administra l’économie, finança des montagnes croissantes de stocks à exporter, lança des cultures industrielles, de petites industries de substitution, fonderie et gazogènes compris. Chacun rivalisa d’imagination et d’ingéniosité. Vaille que vaille, on pallia l’essentiel des pénuries. On fit tourner l’Indochine. Enfin, Decoux entreprit d’énormes travaux publics pour soutenir l’emploi et proclamer une foi tranquille dans l’avenir. Les Français d’IndochineCette foi, les 40 000 Français d’Indochine, antijaponais sans exception, la gardaient à 13000 kilomètres de leur patrie, entre bombardements de la 14e US Air Force, évacuation des lycéens sur le Tam Dao ou Sam Son et rumeurs périodiques de putsch nippon. La grande majorité, connaissant le sort inhumain des « Blancs », y compris femmes et enfants, dans les camps de détention nippons, fit confiance à Decoux. Aux yeux de l’amiral, il était vital pour survivre d’obtenir de ses compatriotes une discipline de parole et de comportement à l’égard des Japonais. Il diffusa les maximes du type « Travail, Famille, Patrie » et l’image du Maréchal, « chargé d’années et de sagesse », qui, dans la population, rejoignaient les préceptes de Confucius. Il n’avait pas souhaité l’extension à l’Indochine des lois d’exception de Vichy. Elles entraînèrent la révocation de 45 agents de la fonction publique qui, ne pouvant être rapatriés, continuèrent à recevoir une solde. Alger se représente l’Indochine comme une autre France occupéeDés le début de 1943, avec Stalingrad, El Alamein et, dans le Pacifique, Guadalcanal, la victoire dans le monde avait changé de camp. Les exploits de leurs camarades de l’armée d’Afrique rendirent plus ingrate encore aux hommes de l’armée d’Indochine leur veille sans éclat. C’est alors que le commandant en chef Mordant rallia secrètement Alger. De Gaulle, qui en fit son délégué général, ne connaissait pas l’Asie. Il savait, certes, par Catroux que le rattachement à Vichy conditionnait la survie de l’Indochine, sans la garantir. D’où, jusqu’à son dernier message à Mordant, déjà prisonnier, ses recommandations de prudence et de négociation avec les Japonais. Mais ses fidèles « purs et durs » d’Extrême-Orient lui représentaient l’Indochine comme une autre France occupée, avec la séquence collaboration, maquis, parachutages, débarquement. Une vision imaginaire qui allait avoir des conséquences dramatiques. De Gaulle leur fit, hélas, confiance. Il devait écrire : « Ce que nous avions fait en France, nous pouvions le faire en Indochine. ». Il pensa que le sang versé sur son sol « nous serait un titre important ». 120 parachutages et de grandes imprudencesC’est pourquoi on créa une Résistance, avec un Service de Renseignement (SR), qui, très proche de celui de l’Etat Major, fut efficace. Avec aussi, malheureusement, un Service Action (SA), qui fit double emploi avec l’armée régulière en recrutant chez les mêmes mobilisables, en utilisant les liaisons radio militaires. Il était formé de jeunes futurs maquisards, qui appuieraient un débarquement ou, en cas d’attaque japonaise, gagneraient l’hinterland. Pour les équiper, on obtint des Britanniques plus de 120 parachutages (armes, appareils radio, explosifs, spécialistes), des opérations qui furent vite connues des Japonais. L’organisation « clandestine » fut marquée par de grandes imprudences et des rivalités franco-françaises. Elle comprit mal quand Paris, le 25 janvier 1945, prescrivit de « prononcer la neutralité des troupes françaises » en cas d’action américaine isolée. En octobre 1944, Paris avait subordonné secrètement Decoux à Mordant et l’amiral, rongeant son frein, fut réduit à un rôle de figuration vis-à-vis des Japonais. Le 9 mars 1945, résistances de l’armée, souffrances du SR et du SAMais déjà Tokyo portait son effectif dans la Péninsule à 65 000 hommes. Hésitant jusqu’à février, il déclencha son coup de force le 9 mars 1945. Totalement surpris, Mordant, la plupart des généraux et plusieurs unités au Sud se retrouvèrent captifs. Comme l’amiral Decoux, qui avait rejeté l’ultimatum de l’ambassadeur Matsumoto. En 48 heures, l’armée nippone contrôla l’Indochine « utile » et arracha à la France son « mandat du Ciel »… Des mois d’interdits, d’humiliations, d’espoirs ruinésCinq mois durant, les Japonais, qui avaient fait proclamer l’indépendance, concentrèrent, accablèrent les Français d’interdits et d’humiliations. Chaque nouveau jour, ils firent perdre la face à la France. Privés du riz du Sud par les bombes de l’US Air Force et l’indifférence nippone d’après 9 mars, un million de Tonkinois moururent de faim. Aidé à la fois par Américains et Japonais, le Viêt Minh communiste passa la frontière, occupa le vide dans les campagnes et prit le pouvoir à Hanoi, le 20 août. Il y eut de nouveaux morts français. Les accords de Postdam, d’où Paris était exclu, permirent aux hordes chinoises du seigneur de guerre Lou Han d’envahir et de piller le Nord-Indochine, sous prétexte de « désarmer les troupes nippones ». En préparant un débarquement incroyable, on y a fait croire TokyoL’activisme de 1944-1945, qui a conduit l’Indochine au désastre, a été jugé sévèrement par la quasi-totalité des auteurs. « Plaqué » sur une colonie où le pouvoir civil et l’armée exerçaient la plénitude de leurs fonctions, le concept même de Résistance était inapplicable. Ele reposait sur l’utopie d’un Blanc, « poisson dans l’eau » dans la rizière ou la montagne d’Asie. Le mythe d’un débarquement allié n’entra jamais dans les plans de Mac Arthur qui, à l’évidence, allait foncer droit sur le Japon, sans détour par l’Indochine. Mais Paris n’en savait rien, s’étant refusé à interroger Roosevelt. Le plus fort pourcentage de tués français et la proscription de Decoux« Le sang versé »-- plus de 20% de soldats tués, le plus fort pourcentage français de la 2e guerre mondiale ne fut d’aucun « titre » à la France. Roosevelt, aveuglé par son anticolonialisme, interdit toute assistance de la 14e Air Force. Chennault, son chef, déplora de « laisser massacrer des Français dans la jungle », son gouvernement désirant « voir les Français chassés d’Indochine par la force » afin que cela « fût facilité d’autant ». Philippe Grandjean |