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BULLETIN 187
1er tr. 2010

Sommaire

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In Memoriam - Calendrier du Têt

Le Cercle de l'Alas - Les reaps à Paris
Le Têt à Paris

AG du 27 mars 2010 - Convocation

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TET CANH DAN
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- Le calligraphe
- Le nouvel an à Thang Long
- Flâneries avec Ly Toet et Xa Xê
- Un conte du Cambodge

Rencontre du 21-11-2009 aux M.E.P.

Francophonie

Adieu Annamite, Bonjour Vietnamien

Le 9 Mars 1945, 65 ans dejà ...

Evolution de la mode au Vietnam

NOTES DE LECTURE
- Passport pour le Tonkin
- Stèle colonial - Vietnam
-A la découverte des villages de métiers au Vietnam

Message du Trésorier - ALASWEB

Bon de commande : Mémoire et Annuaire de l'ALAS

 


ÉVOLUTION  de la MODE au VIETNAM

Pour les « fashionistes » la mode et l’éphémère(1) avançant du même pas, il faut se précipiter au moindre signe avant-coureur de celle du moment, au risque de ternir son image en la matière.

Toutefois, l’exception déroge parfois à la règle, si on en juge par la mésaventure d’un confectionneur américain victime d’une erreur d’expédition.

Ayant commandé à son fournisseur français de Nîmes une pièce de velours de coton, il s’est retrouvé avec un métrage d’une toile plutôt rustique, de coton sergé bleu foncé. La découverte passée, il utilise ce tissu qui semble solide et de qualité pour en faire des pantalons de travail. On connaît la suite de la fabuleuse histoire du jean en denim (de Nîmes) dont le règne quasi cinquantenaire s’éternise. Quittant rapidement l’atelier et le corral, il est adopté sans a priori par l’habitant des villes du monde entier, toutes couches de la société confondues. Comble de la sophistication, les plus grands couturiers ont pratiquement tous une ligne de jeans dans leur collection de prêt-à-porter.

Le Viêtnam s’est aligné, et le paysage urbain est quadrillé de jeunes gens vêtus de l’uniforme planétaire asexué, contrastant avec le traditionnel ao dai de tissu léger et clair, accessoirisé d’une large capeline et de longs gants blancs, que portent d’élégantes jeunes femmes, souvent en amazone à l’arrière de motos et scooters pétaradants. A chacun sa mode.

Mais l’évolution de la Mode (avec un grand M) bifurque depuis quelques années et passe du simple stylisme au design, nouveau concept qui s’impose dans divers domaines.

Vocable anglo-saxon, le design dépasse largement l’unique traduction de dessin qu’on lui attribue souvent. Comme le rappelle son étymologie, le design se situe au croisement du dessein (projet) et du dessin (forme). On a tendance à compartimenter le rôle du designer : il dessine l’objet, le fabricant le réalise, le distributeur l’introduit sur le marché, le publicitaire le communique en le faisant mieux connaître. L’alchimie en est beaucoup plus subtile, et si le designer est responsable du dessin de l’objet, il n’est que l’interprète des desseins dont il procède et doit prendre en compte tous les paramètres qui concourent à sa forme. : fonction, fabrication, distribution, communication, reconnaissance. Cette synergie s’imposant, le designer revendique le droit à l’expression et se considère garant de la traçabilité de l’objet. Dans les années 1980, la presse l’appelle « créateur », terme désormais adopté.

Au Viêtnam, le design fait école, se répand rapidement, et avec la mondialisation et les moyens de communication qui diffusent largement la mode occidentale, suit la tendance générale. C’est une véritable movida, avec l’émergence de jeunes créateurs d’une mode audacieuse qui a son P.C. au Zen Plaza d’Ho Chi Minh Ville. Cet immeuble mixte abrite les bureaux  de siège social de grandes sociétés internationales, et un centre commercial incluant une grande surface, des restaurants et surtout l’élite de la Mode regroupée au rez-de-chaussée et au premier étage où les plus prestigieuses boutiques de mode européenne, américaine, australienne et asiatique côtoient celles d’une vingtaine de designers vietnamiens des plus connus. C’est au Zen Plaza qu’ont lieu toutes les manifestations dédiées à la Mode, défilés de couture des Singapore Fashion Commections, Viêtnam Fashion Week, Hongkong Wee.
Les vêtements de ces manifestations et divers concours sont ensuite exposés dans le hall du centre. En 2002, à l’initiative de la styliste Minh Hanh qui a créé le Vietnam Collection Grand Prix s’y déroule le premier concours de jeunes créateurs. L’enjeu est tentant, et le jeu passionnant pour les candidats âgés de 20 à 26 ans. C’est l’occasion de prouver qu’ils peuvent être beaucoup plus que de simples habilleurs du quotidien. Chacun s’efforce de démontrer son savoir-faire et qu’il maîtrise toutes les matières, tissu, cuir, dentelle, plume et autres colifichets au travers de tous les procédés de coupe et découpe et les diverses techniques des plissé, drapé, volanté, application et incrustation ; l’harmonie ou le choc des couleurs, le tout orchestré par une imagination et une créativité débridées. Ces vêtements sont portés par de ravissants mannequins qui défilent avec grâce, mais hors podium, est-ce portable ? Aucune importance, le spectacle est au rendez-vous, le designer a prouvé qu’il est bien un créateur.

Le succès est tel que les autorités concernées demandent que cette manifestation ait lieu dans la capitale, et c’est ainsi que depuis 2005 le concours se déroule à Hanoï où il aura lieu cette année le 20 Novembre.

Toutes ces actions dédiées à la Mode valent au pays une reconnaissance internationale dans le Sud-Est Asiatique car le Viêtnam vient d’être récemment intégré à l’A.F.F. Asian Fashion Federation.

Sachez aussi que depuis 2004, un partenariat entre l’Ambassade de France, aidée par Cultures France, organisme spécialisé du Ministère des Affaires Etrangères chargé de notre rayonnement culturel à l’étranger, FADIN consortium vietnamien de fabrication de textiles et de façonniers et l’Institut Français de la Mode organise à Ho Chi Minh Ville des ateliers de mode d’une semaine. Le programme a été défini et mis en place par France PAIRON et d’autres professeurs de l’IFM assistés d’un interprète vietnamien. Le dernier atelier a eu lieu en 2008 et leur reconduction est en instance d’une  nouvelle définition des budgets de Cultures France.

C’est en 1999 que France PAIRON, de nationalité belge est demandée par les fondateurs de l’école privée qu’elle crée et dirige depuis. Pédagogue réputée, elle avait de 1986 à 99 créé et dirigé un atelier de création de Mode à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Visuels de la Cambre à Bruxelles.

L’IFM, membre de la Conférence des Grandes Ecoles est soutenu par le Ministère de l’Industrie et travaille en étroite collaboration avec les plus prestigieuses maisons de couture et de maroquinerie, ainsi qu’avec de nombreux industriels. Les études d’une année prolongée par trois mois de stage en entreprise, sanctionnées par un master, s’adressent à des étudiants titulaires d’un diplôme obtenu après quatre ans d’études d’art, architecture, mode ou design, une sélection sur dossier et présentation d’un projet. Les membres du Cercle de l’IFM mécènes et entreprises aident certains étudiants par des bourses suivant des critères définis.

L’école est très connue à l’étranger, une vingtaine de nationalités s’y côtoie. Les cours sont donnés en anglais, mais, dès leur entrée, les élèves apprennent le français qu’ils pratiquent rapidement ensuite lors des visites d’entreprises, organismes divers et lieux culturels.

Espérons que parmi les étudiants vietnamiens qui ont eu l’occasion de suivre un atelier de l’Institut Français de la Mode, il se trouvera un jeune créateur pour revisiter le ao dai national tout en respectant la maxime du maître des élégances, Cristobal Balenciaga qui recommandait « un couturier doit être architecte pour le dessin, peintre pour la couleur, musicien pour l’harmonie et philosophe dans la modération du tout ».
                                                                                   

                                                                                                Jacqueline Creuse


(1) Ephémère n.m. Insecte dont l’imago, doté d’un abdomen allongé et prolongé par trois cerques filiformes, ne vit qu’un ou deux jours, mais dont la larve, aquatique, peut vivre des années (ordre des éphéméroptères) ; Le Petit Larousse illustré